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Coup de projecteur sur la restauration de la tour de la Parata, fleuron du patrimoine ajaccien

13 juin 2025

Ghjittemu un colpu d’ochju à a risturazioni di a torra di a Parata, u simbulu di patrimoniu aiaccinu

C’est dans un cadre exceptionnel, au cœur du Grand Site des Îles Sanguinaires – Pointe de la Parata, que se sont déroulées ce vendredi 13 juin le lancement des Journées européennes de l’archéologie, un événement national initié par le ministère de la Culture et piloté par l’Institut national de recherche archéologiques préventives (INRAP). L’occasion pour le public de découvrir jusqu’au 15 juin les secrets d’un des sites les plus emblématiques d’Ajaccio.

L’événement a été lancé au cours d’une cérémonie d’ouverture qui a réuni à la maison du Grand Site plusieurs représentants institutionnels : Stéphane Sbraggia, maire d’Ajaccio et président du Syndicat mixte Grand Site, Jérôme Filippini, préfet de la Corse, Guillaume Deslandes, directeur régional des affaires culturelles de Corse, Catherine Utrera, directrice interrégionale Midi-Méditerranée de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP), Simone Guerrini, adjointe à la Culture et au Patrimoine et Christelle Combette, présidente de l’Office intercommunal de tourisme du pays ajaccien.

Le cortège a déambulé ensuite dans le village archéologique pour découvrir les ateliers thématiques qui se déroulaient en présence de nombreux scolaires.

Le point d’orgue de la matinée a été la présentation du chantier de restauration de la tour génoise de la Parata. Sur place, les archéologues de l’INRAP et l’architecte Sébastien Desmont, de l’agence Desmont-Tricot, ont présenté, l’avancée des fouilles archéologiques et des travaux de restauration en cours sur la tour génoise. Cette intervention a permis de replacer le site dans son contexte historique — celui des dispositifs de surveillance littorale édifiés par Gênes au XVIe siècle pour se prémunir des incursions barbaresques — tout en expliquant les grands enjeux de ce chantier de restauration.

Rappel historique
Édifiée en 1550-1551 sur la colline de la Parata (55 m), la construction de la tour dura un an et demi. Elle est attribuée à Giacomo Lombardo, architecte et entrepreneur génois.

C’est l’une des premières tours construites. Elle fait partie du réseau de tours de guet implantées le long des côtes insulaires. Ces ouvrages ont la double vocation de protéger les activités commerciales (Aiacciu était un comptoir génois) et de défendre les habitants contre les Barbaresques. Car, depuis la prise de Constantinople par les Turcs (1453), la piraterie sème mort et désolation, réduisant les populations en esclavage.
Le pillage durera trois siècles !

Ces tours étaient construites de distance en distance de telle façon qu’un signal donné par l’une d’elles puisse être aperçu de ses voisines.

Depuis la tour de la Parata, la passe des « Tartane » est à portée de canon. A Sanguinara di terra est aussi employée à la gestion des droits douaniers et impôts.

En 1591, on prit l’habitude de l’appeler « Sanguinara di terra » (de terre). En opposition à une autre tour « Sanguinara di mare » (de mer) qui, construite sur Mezu Mare, offre un meilleur axe de visibilité. A Sanguinara di terra perd à cette époque son rôle militaire prédominant.

En 1617, la tour de la Parata compte une garnison composée d’un chef et de deux soldats appelés « torregiani ». L’intérieur de la tour est aménagé pour subvenir aux besoins quotidiens des trois gardiens qui l’occupent. Les gardes habitent dans la pièce unique avec niche et cheminée sous la terrasse d’artillerie.

En 1651, le chef de la tour, Agostino Ansaldo, fait état d’une dégradation importante de l’édifice.

La tour génoise de la Parata : un trésor marqué par le temps
Au fil des ans, la tour génoise de la Parata est devenue l’emblème du Grand Site. Elle lui confère un fort pouvoir d’attractivité touristique que traduit son importante représentation iconographique (carte postale, ouvrages consacrés à la Corse, publicité…)

Il était alors naturel que le syndicat mixte s’implique dans un projet de préservation et de restauration dès l’obtention du label « Grand Site de France » en 2017.



Les étapes de sa restauration

2004 : acquisition de la tour génoise de la Parata par la Ville d’Ajaccio

2016 : Transfert de gestion de la tour au Syndicat mixte du Grand Site

2017 : commande par le Syndicat mixte d’un diagnostic architectural et sanitaire de la tour, réalisé par le cabinet Desmont Tricot et financé par le CAUE de Corse.

2019 : opération de fouilles archéologiques préventives préalable à la réalisation d’un projet de restauration.

2021 : lancement et attribution du marché public de restauration de la tour de la Parata à l’Agence Desmont Tricot associé.

2021 : Signature d’une convention de souscription entre le Syndicat mixte et la Fondation du Patrimoine permettant l’ouverture d’une souscription publique ainsi que l’attribution d’une subvention de 49 000€ de la Mission Bern.

2024 : octroi du permis d’urbanisme préalable au lancement des travaux.

Avril 2025 : démarrage des fouilles archéologiques.

Mai 2025 : début des travaux de restauration de la tour.

Les principaux éléments architecturaux révélés lors des fouilles préventives de 2019

  • Une enceinte périphérique avec chemin, accès et tourelle de surveillance a été mise à jour.
  • Au rez-de-chaussée, la citerne est toujours en eau. Son système de
    récupération depuis la terrasse fonctionne.
  • Au 1er étage une probable salle de garde/de vie, inscrit dans son
    enveloppe : porte d’accès, canonnière, placard, cheminée et
    margelle.
  • Au second étage une salle de vie ou chambre s’ouvre sur
    l’extérieur avec deux fenêtres. Un double accès désert l’étage
    inférieur et la terrasse. L’aménagement intérieur est constitué d’un
    placard et une cheminée.
  • La terrasse montre une trémie d’accès au sud, une sortie de
    cheminée au nord, un avaloir avec trop-plein pour la citerne et le
    télégraphe qui marque les progrès de la communication depuis la fin
    du 19e siècle.


En revanche il n’est pas de trace repérable de bretèche, d’échauguette ou de guardiole, même arasées. Les mâchicoulis, placés sous filet de protection sont particulièrement bas.

Le parti de restauration présenté par la maîtrise d’oeuvre
Extrait de la note de synthèse de Sébastien Desmont, architecte en charge de la restauration :
« Le parti général de restauration pourrait ainsi se résumer à déposer les interventions de la fin du XIXe siècle (extérieurement et intérieurement) afin de retrouver les dispositions d’origine de la tour en présentant un état d’ensemble cohérent.

En suivant le parti de restauration, l’intervention intérieure de la tour ne pose aucune difficulté technique, en proposant de déposer les sols et les enduits de la fin du XIXe siècle. Il s’agira ensuite de restituer un enduit approchant des caractéristiques de l’enduit initial, des sols en dallage de diorite et les dispositifs intérieurs identifiés types : échelles de communication, margelle, placards, cheminées, trappes…

Dans cette dynamique d’intervention, le traitement intérieur de la tour et celui extérieur forment un tout.
Ainsi, extérieurement, un programme de purge des éléments XIXe / XXe siècles est à prévoir : télégraphe visuel, porte en acier, éléments d’un ancien réseau électrique, sol tardif de la plateforme, allèges tardives des baies… »

Dans le respect de l’esprit des lieux, le syndicat mixte a décidé :

  • La restauration complète des maçonneries avec un enduit à pierre
    vue qui protégera la tour à long terme.
  • D’unifier la restauration en gommant par l’effet du
    rejointoiement les zones restituées et les zones restaurées.

La question particulière des enduits
Extrait de la note de synthèse de Sébastien Desmont, architecte en charge de la restauration :
« L’état actuel de la tour de La Parata, au coeur du Grand Site classé, demeure assez évocateur et véhicule l’image d’un ensemble immuable à préserver et à transmettre. La pose d’un enduit approchant la qualité de l’enduit initial pourrait se justifier historiquement, mais impacterait le site naturel d’une façon très négative en choisissant un rendu très monolithique (1 seule matière visible) sans autre distinction, par rapport à un état actuel « multiple » mettant en scène l’ensemble des matériaux composant la tour, notamment la pierre de construction sombre, identique aux roches de la presqu’ile, et tranchant avec le mortier/enduit claire.

Notre choix sur ce sujet n’est donc pas de refuser la restitution d’un enduit d’aspect historique, mais d’éviter un bouleversement de la perception de la tour de La Parata dans son environnement paysager protégé, reconnu au niveau national, voire au-delà. »

Le programme de restauration des façades et de la plateforme
✓ restituer l’état initial des mâchicoulis en couronnement,
✓ restaurer les encadrements des baies (pierre ou brique),
✓ restauration des maçonneries (zones lacunaires / fissure…)
✓ restaurer le cordon intermédiaire en brique.
✓ Assurer le clos et le couvert de la tour : création de menuiseries en châtaigner (porte, baies (volets) et accès à la terrasse
(trappe).

La question de l’accès au public
L’étude de faisabilité des moyens d’accès au 1re étage de la tour et la réglementation encadrant les établissements recevant du public ont conduit à trancher la question.

La tour ne sera pas librement accessible au public.

  • La réglementation impose un escalier d’1m 20 de largeur lequel viendrait impacter fortement l’aspect extérieur de la tour et le paysage de la presqu’île.
  • Sur le plan de la sécurité incendie, la capacité d’accueil de la tour dans sa configuration actuelle ne permet pas de recevoir plus de 19 personnes.
  • Une ouverture au public nécessiterait une surveillance et donc la mobilisation d’au moins 2 agents du syndicat mixte : un coût non négligeable à prendre en compte.
  • Une ouverture au public engendrerait un afflux supplémentaire de visiteurs sur cette zone du site déjà très escarpée et soumise à une forte attractivité.

Le coût et financement des travaux

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