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Dominique Pugliesi-Conti (1863-1926) : « Le maire qui faisait à la fois chanter la Marseillaise et l’Ajaccienne »

5 juin 2026

Ce vendredi 5 juin marque le centième anniversaire de la mort de Dominique Pugliesi-Conti (1863-1926). Élu maire d’Ajaccio de 1904 à 1919, il fut également, président de la Chambre de Commerce d’Ajaccio, conseiller général de la Corse de 1910 à 1919 et embrassa un destin national comme député de 1910 à 1919. Un siècle après sa disparition, la Ville d’Ajaccio lui rend hommage.

Des racines liées à la famille Bonaparte

Dominique Pugliesi-Conti naît en 1863 à Saint-Pons, dans l’Hérault, sous le Second Empire. Notable commerçant d’Ajaccio, il est issu d’une famille dont l’histoire se mêle à la tradition bonapartiste. Il est le fils d’Antoine Pugliesi-Conti, préfet du Second Empire, et de Marie-Laure Stéphanie, dite « Fanny-Conti », fille de Charles Étienne Conti (1812-1872), qui fut chef de cabinet de l’Empereur Napoléon III, puis sénateur de l’Empire et député de la Corse.

Certains membres de sa fratrie se distinguèrent également dans le service public. Paul Pugliesi-Conti (1861-1933) fut avocat, conseiller municipal de Paris en 1900, conseiller général et député de la Seine de 1902 à 1919. Étienne Pugliesi-Conti (1866-1936), quant à lui, fit carrière dans la Marine nationale et s’éleva au grade de vice-amiral.

Sa première épouse, Madeleine Campiglia, était issue d’une famille très anciennement installée à Ajaccio : arrière-petite-fille d’Angela Maria Ramolino — cousine germaine de Madame Mère et d’André Ramolino — et de François Levie, maire d’Ajaccio. Il épousa en secondes noces, le 9 juin 1909, Paule Valat. De ces deux unions naquirent six enfants : deux du premier mariage et quatre du second.

Dominique Pugliesi-Conti naît dans une France gouvernée par Napoléon III, sous un régime autoritaire qui se libéralise progressivement. Paris est transformé par les grands travaux d’Haussmann, le réseau ferroviaire se développe à grande vitesse, l’industrie lourde croît et l’urbanisation s’accélère. Mais en 1870, la défaite de Sedan contre la Prusse précipite la chute de l’Empire. Napoléon III capitule. Pour les Ajacciens bonapartistes, c’est la fin du rêve impérial.

Il grandit sous la IIIe République, proclamée le 4 septembre 1870, et traverse pendant son enfance des événements majeurs de l’histoire de France : la perte de l’Alsace-Moselle, l’avènement des lois Ferry (1881-1882) qui imposent l’école laïque, gratuite et obligatoire, et les premières conquêtes coloniales, la France étendant son empire en Indochine, en Tunisie et à Madagascar.

Sa carrière politique se forge durant la Belle Époque, période au cours de laquelle la France connaît un essor industriel remarquable. Paris rayonne avec les Expositions universelles de 1889 et 1900. L’électricité, l’automobile, le cinéma et le métro transforment la vie quotidienne. Mais c’est aussi une période de fractures profondes pour la société française : l’affaire Dreyfus (1894-1906) divise le pays, et la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905 — à laquelle il est opposé — conduit le Comité central bonapartiste à se positionner comme un parti politique d’inspiration cléricale.

C’est dans ce contexte que Dominique Pugliesi-Conti devient maire d’Ajaccio (1904), conseiller général (1910), puis député de Corse (1910).

Instigateur du ralliement à la République

Dominique Pugliesi-Conti est élu maire d’Ajaccio avec 75 % des voix aux élections municipales des 5 et 12 mai 1904. C’est sous son égide qu’est créé, le 4 mai 1908, le Comité central bonapartiste (CCB), tel qu’il existe aujourd’hui et qui fêtera ses 120 ans en 2028. Cette création répond à plusieurs événements enchevêtrés : la disparition de grandes figures bonapartistes, le développement de comités socialistes et communistes, ainsi que la loi de 1901 sur les associations.

« Alors que la Corse entière est ralliée à la République, Ajaccio demeure le fief du bonapartisme intransigeant », peut-on lire dans l’ouvrage de Paul Lucchini, Par les rues d’Ajaccio. Dans une île où les bonapartistes avaient fait de la cité impériale leur dernier bastion, le ralliement à la République procède avant tout d’un pragmatisme lucide : celui d’un homme qui comprit que les temps avaient changé et que l’avenir de la Corse se jouait, au service de l’intérêt général, au sein des institutions républicaines, loin des querelles dynastiques.

Il rallie ainsi le mouvement républicain deux ans après la création du CCB, renonçant aux ambitions impériales — faisant de lui, « le maire qui faisait à la fois chanter la Marseillaise et l’Ajaccienne ».

Un député en phase avec son temps

En 1910, après son élection à la députation, Dominique Pugliesi-Conti rejoint la Chambre des députés au sein du groupe des Républicains progressistes. Inscrit à la commission des Travaux publics et des chemins de fer, il s’engage aussitôt sur les grands dossiers qui conditionnent l’avenir de l’île.

Deux combats illustrent particulièrement son action à Paris. D’une part, il rédige un rapport fondamental sur l’exploitation du réseau ferroviaire de la Corse et la concession définitive de la ligne insulaire, convaincu que le désenclavement de l’île est une condition essentielle à son développement économique. D’autre part, il se bat ardemment pour l’assainissement de la côte orientale, alors infestée par le paludisme, défendant ainsi la santé et la dignité des populations rurales.

Réélu triomphalement dès le premier tour en 1914, il dépose une proposition de loi visant à faire contribuer l’État aux traitements des secrétaires et employés de mairies, témoignant d’une attention constante aux réalités concrètes de l’administration communale. Durant la Grande Guerre, il demeure à son poste, défendant sans relâche les intérêts des Corses dans un contexte national éprouvant.

Le député-maire est également à l’origine du projet d’implantation du lycée Fesch sur le cours Grandval — un projet qui ne fut pas au goût de nombre de ses partisans ajacciens.

En 1919, le scrutin de liste, défavorable aux candidats individuels, lui coûta son siège de député. Dans la foulée, il perdit également la mairie d’Ajaccio, ce qui provoqua son retrait définitif de la vie politique.

Il s’éteignit le 5 juin 1926, à l’âge de 63 ans. Ajaccio lui rendit un hommage durable en baptisant de son nom un grand boulevard de la cité. Un buste en bronze, œuvre du sculpteur Philippe Besnard, est aujourd’hui exposé au lycée Fesch d’Ajaccio, rappelant aux générations suivantes le souvenir de ce serviteur fidèle de son île et de son temps.

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