Riescita educativa : unipochi di zitelli sò andati à scopra l’arti di fà i cultelli


La Direction de la réussite éducative (DRE) de la Ville d’Ajaccio a initié dans le cadre de ses missions d’accompagnements socio-éducatif, un projet culturel expérimental auprès de jeunes publics, axé sur la transmission des savoir-faire corses et la valorisation du patrimoine historique insulaire. À travers « l’atelier forge », une dizaine d’enfants âgés de 9 à 11 ans, issus des quartiers populaires d’Ajaccio, ont appris collectivement à réaliser un couteau traditionnel avec l’aide de deux artisans passionnés et bénévoles, qui placent au cœur de leur action l’humain et le partage.
« Du feu et de la poussière naît la lame ». Derrière cette citation ancestrale se cache un savoir-faire ancien : celui du coutelier, un artisan qui transforme la matière brute en outil précis et durable. Artisanat emblématique de notre région, la coutellerie corse s’appuie sur des techniques où l’acier de la lame est travaillé au marteau et forgé manuellement. Le traditionnel couteau corse bénéficie d’un label de qualité et d’excellence, reconnaissable à un poinçon représentant une tête de mouflon.
Un héritage transmis avec passion et précision sur l’île, dont seule une poignée d’artisans détient encore le secret.
En ce mercredi 8 avril, pour ce dernier rendez-vous de l’« atelier forge », l’heure est à la confection d’un étui en cuir. Il accueillera bientôt un couteau en bois d’olivier façonné par de jeunes Ajacciens. Dessus, une plaque en cuivre est gravée de la première lettre du prénom de chacun d’entre eux, témoin discret d’un travail collectif commencé un mois plus tôt.
À la rencontre du savoir-faire insulaire


En maître des opérations, Dumè Santoni, 56 ans, artisan spécialiste du cuir, prépare la table de travail : « Ça nous tenait à cœur de transmettre notre métier », confie-t-il. « On va leur montrer comment faire, mais c’est eux qui travaillent. L’idée est de leur prouver qu’ensemble, ils peuvent créer quelque chose. » L’objectif de la séance du jour est de leur apprendre la découpe du cuir et la technique de couture associée.
Avant même de toucher le métal, une démonstration publique a été organisée en janvier dernier à l’Agora des Cannes, afin de montrer la partie la plus spectaculaire de la création d’un couteau corse traditionnel : le travail de l’acier dans le foyer embrasé. En quatre séances, les enfants ont suivi toutes les étapes de fabrication d’un couteau. Ensemble, ils ont dessiné plusieurs modèles, étudié les formes traditionnelles, puis opéré un choix collectif. À partir d’un barreau de métal façonné au marteau, ils ont donné naissance à une lame en acier inspirée des modèles traditionnels, avec une pointe galbée et un dos paré d’un tarabiscot (sorte de racloir).

De la préparation du charbon à la compréhension du fonctionnement de la forge, où l’air alimente le foyer pour porter le métal à haute température, chaque étape a été expliquée et expérimentée avec l’aide d’Anthony Foïs, 34 ans, forgeron-coutelier. Originaire du quartier Saint-Jean, il crée son propre acier à partir de minerai. Les enfants ont ainsi participé à l’ensemble du processus : travail de la lame, assemblage du manche en bois d’olivier, pose des rivets et intégration de la plaque en cuivre. « On leur a appris aussi le vocabulaire corse lié à la forge », précise Anthony Foïs.
S’inscrire dans un parcours de réussite éducative
Ce projet intervient dans le cadre de la Cité éducative, en lien avec le Projet éducatif local Zitelli d’Aiacciu et le label 100% Éducation Artistique et Culturelle (EAC).
Porté par la Direction de la réussite éducative (DRE) de la Ville d’Ajaccio, il vise à offrir une découverte concrète et immersive des métiers artisanaux, de la langue corse et des traditions à travers la création d’un objet en métal, symbole d’un travail commun et d’un engagement partagé.
À l’origine de cette initiative, un constat de terrain : la nécessité d’ouvrir le champ des possibles à des enfants potentiellement éloignés de ces pratiques et de leur faire découvrir l’artisanat corse.

« C’est un projet multi-partenarial, en lien avec la maison de quartier des Cannes et il est mené dans le cadre de l’intervention expérimentale du DRE auprès des collégiens de 6ème et 5ème du collège Arthur-Giovoni soutenue par la Cité éducative d’Ajaccio.” explique Stéphanie Simonet, directrice de la DRE.
Composée de trois assistantes sociales, d’une directrice et d’une assistante administrative, la DRE accompagne depuis plusieurs années des enfants en difficulté scolaire, en lien étroit avec les établissements scolaires.
Ces ateliers sont encadrés par au moins deux assistantes sociales en charge du suivi socio éducatif des enfants et familles issus des quartiers populaires et s’inscrivent dans le cadre d’un parcours de réussite individualisé pour chaque enfant.
Ici, chacun évolue dans un environnement à la fois structurant et bienveillant. « L’idée, c’est aussi de pouvoir observer les enfants dans un autre contexte, plus informel. Cela permet aux assistantes sociales d’échanger différemment avec eux, tout comme avec les parents. On a ainsi des enfants qui présentent des troubles de la concentration et qui montrent, pour cet atelier, un réel intérêt et une attention soutenue », souligne la directrice.
L’« atelier forge » s’inscrit pleinement dans la philosophie de la DRE : favoriser l’estime de soi et la confiance, valoriser les talents, démontrer la force du collectif et reconnecter les jeunes à leur territoire.

Anthony Foïs et Dumè Santoni accompagnés des élèves qui ont participé à l’atelier.