Pà i cinquanta anni di a morti di Pascal Rossini, a Cità d’Aiacciu voli rendi umaghju à a mimoria di st’omu puliticu corsu chì hà fattu assai pà a cità
Il y a cinquante ans, le 9 septembre 1975, disparaissait Pascal Rossini, maire d’Ajaccio. À l’occasion de cet anniversaire, la Ville d’Ajaccio souhaite rendre hommage à une figure emblématique de la vie politique corse, dont l’empreinte demeure encore aujourd’hui dans la mémoire collective et le paysage ajaccien.

Dans un entretien accordé à la revue municipale d’information de 1975, Pascal Rossini répondait à ceux qui pouvaient lui reprocher de « tout superviser » et « tout faire ou refaire ». Il y exprimait une conception exigeante de la gestion municipale : « Il est possible que l’on puisse me faire ce reproche dans la mesure où je me sens très souvent obligé de consulter un dossier, de l’étudier personnellement. Si je fais cela, ce n’est pas avec l’intention de mieux faire que mes services administratifs ou techniques. Je fais cela tout simplement pour connaître l’affaire et mieux la défendre. En deux mots, je fais cela pour ne pas avoir toujours à m’incliner et pouvoir éviter ainsi les chausse-trapes de la technocratie » expliquait-t-il.
Une confidence révélatrice de la personnalité de l’ancien maire d’Ajaccio. Décrit par Simone Rossini – l’une de ses deux filles, qui a elle-même fait une longue carrière en tant que cadre à la Ville d’Ajaccio – comme « doté d’une grande force de travail », Pascal Rossini était avant tout « un passionné de sa ville ».
« Une passion qui a pris une grande place dans sa vie », confie sa fille. « Mais on peut aussi retenir de lui son caractère droit, épicurien, pétri d’un grand sens de l’amitié et de cet humour proprement ajaccien ».
Cinquante ans après sa disparition, le souvenir de Pascal Rossini reste bien vivant dans la mémoire ajaccienne. Loin des hommages convenus, c’est avant tout le parcours d’un homme profondément attaché à sa ville qui mérite d’être retracé.
Un homme enraciné, porté par les urnes
Né le 13 décembre 1919 à Ajaccio, dans une Corse encore rurale et une ville profondément marquée par l’histoire napoléonienne, Pascal Rossini a grandi dans la rue Fesch au sein d’une famille de 7 enfants, dans un milieu populaire, avec une mère se consacrant à son foyer et un père cantonnier pour la Ville d’Ajaccio. Après avoir fréquenté les bancs du collège Fesch, il fait ses études supérieures de droit à la Faculté d’Aix-en-Provence, puis passe par celle d’Alger. Licencié en droit, il débute ensuite une carrière de fonctionnaire, comme commissaire principal aux enquêtes économiques.
Pascal Rossini débute sa carrière politique comme conseiller municipal d’Ajaccio en 1953. Renouvelé en 1959, il occupe la fonction de 2e adjoint au maire lors du mandat d’Antoine Serafini. Puis il est élu maire d’Ajaccio aux élections municipales complémentaires par le conseil municipal d’avril 1964, à la suite du décès en exercice d’Antoine Serafini, puis est réélu en 1965.
En 1971, c’est avec plus de 70 % des suffrages, et sous les couleurs du Comité Central Bonapartiste (CCB), qu’il entame un second mandat. Il devient ainsi le chef de file de ce parti qui joue un rôle majeur dans la politique locale, à cette époque, à Ajaccio.
Son élection incarne à la fois une continuité – celle d’une Ajaccio bonapartiste – et un souffle nouveau dans la gestion municipale.
Sa carrière politique s’épanouit au fil de ce mandat : Pascal Rossini est élu conseiller général du canton d’Ajaccio I de 1966 à 1973, puis il est réélu dans le canton d’Ajaccio II de 1973 à 1975. Il occupera également les fonctions de Vice-Président du Conseil général de la Corse et de Président de la Commission des Affaires sociales, de la jeunesse et de l’administration générale. Il sera également membre de la commission de développement économique de la Corse (Codec) et administrateur de la Caisse d’Assurance Maladie de la Corse, dont il fut le Président de 1955 à 1968.
Une action municipale tournée vers la modernité
Durant les années où il administre la ville, Pascal Rossini s’attèle à moderniser les infrastructures pour asseoir son statut de capitale régionale de la Corse. Il lance une grande politique d’investissement autour du projet « Ajaccio, Ville moyenne » en 1974, validé par le ministère de l’Aménagement et du territoire, dont la feuille de route se concentre sur la rénovation du centre urbain, la connexion entre les quartiers, l’environnement, le cadre de vie, l’emploi et le développement urbain.
L’Ajaccio moderne se dessine autour de plusieurs projets d’urbanisme qu’il initie ou poursuit, comme l’entrée de ville à quatre voies ou la future rocade. Il réalise le projet du parking Diamant et de sa place, ramène l’eau potable dans les foyers ajacciens, édifie la station d’épuration du cimetière ou encore le Palais des Congrès, et généralise l’éclairage public dans tous les quartiers de la ville. Pascal Rossini porte aussi plusieurs projets en lien avec le développement des équipements scolaires et sportifs dans une ville en pleine effervescence démographique : construction d’une école maternelle aux Cannes, à Saint-Jean, réalisation d’un groupe scolaire à Pietralba, édification du gymnase du Finosello, aménagement du complexe sportif de Vignetta et du centre-ville qui porte son nom, création de la piscine des Cannetons…
Il est également le maire qui accueillera le président de la République Georges Pompidou, le 15 août 1969, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Napoléon Ier, un événement hautement symbolique pour la ville natale de l’empereur et qui restera dans les annales locales.

A l’invitation du gouvernement américain et du sénateur Robert Kennedy, Pascal Rossini effectuera une tournée d’un mois aux Etats-Unis à partir d’octobre 1966. Un voyage qui fait suite à l’hommage que son conseil municipal rendit le 11 août 1965 à John F. Kennedy en baptisant de son nom une nouvelle avenue de la cité impériale. Marqué par ce déplacement outre-Atlantique, Pascal Rossini dira dans la presse de l’époque que, partout, il a été accueilli « avec chaleur et affection ».
Un souvenir toujours vivant
Mais, le 9 septembre 1975, Pascal Rossini décède en cours de mandat. Sa mort provoque une onde de choc à Ajaccio et dans toute l’île. C’est alors toute une génération de militants et d’électeurs bonapartistes qui perd brutalement un repère. Sa disparition marqua une rupture significative dans la domination du CCB.
« Pascal Rossini est celui qui a contribué a unifié le CCB à Ajaccio. De 1959 à 1995, le CCB était très puissant, si bien que les listes d’union se construisaient autour du parti », relève André Villanova, président actuel du CCB.
Cinquante ans plus tard, Ajaccio se souvient encore de lui. Son empreinte sur la ville demeure bien présente, et un hommage durable lui a été rendu à travers le complexe sportif qui porte son nom ou le boulevard Pascal Rossini. Les anciens se souviennent notamment d’un maire « droit, accessible et respecté ».
Au-delà de l’hommage, ce moment de mémoire est aussi l’occasion de réfléchir à l’héritage des anciens élus, et à la manière dont leur mémoire peut continuer à inspirer l’action publique d’aujourd’hui.
